Assemblage à lamelle : défonceuse ou fraiseuse à lamelle ?

Simple et rapide, l’assemblage à lamelles fait le quotidien de nombreux professionnels et fait gagner du temps aux amateurs de bricolage.
Pour le réaliser, deux méthodes : l’une utilise la défonceuse, l’autre une machine spécifique appelée fraiseuse (ou entailleuse) à lamelles ou même lamelleuse. Que choisir ? Cet article de Bruno Meyer vous donne la clé de ce dilemme. Il est aussi l’occasion d’un premier contact avec cette technique…

Assemblage à lamelle Franchement, pour qui aime le travail bien fait, les assemblages à lamelles n’ont pas grand-chose pour plaire. Heureusement qu’ils sont invisibles : inélégants au possible, ils ne passionnent pas. Leur résistance est raisonnable, mais bien inférieure à un bon tenon-mortaise ou une queue-d’aronde. Ils sont indémontables, tant pis pour les futures restaurations. De plus, leur prix n’est pas négligeable dans le coût final de l’ouvrage.
Assemblage à lamelle une technique universelleSeulement voilà : leur exécution est très rapide et extrêmement simple. Et il y a des moments dans la vie où il est plus important de faire vite que d’être puriste. Par exemple, vous voulez faire votre cuisine : vous préférez passer trois jours ou deux semaines ?
Autre vertu du « lamello » : il s’adapte à presque tous les cas : cadre de porte, tiroir, caisson de meuble, plateau de table… Et surtout, il constitue la seule façon réaliste d’assembler du panneau aggloméré.
Toutes ces raisons font de cette technique un passage obligé. Vous devrez donc disposer tôt ou tard de moyens d’exécution. Et donc choisir entre les deux techniques disponibles : la défonceuse, avec des fraises appropriées, ou une électroportative conçue spécialement pour cet usage, l’entailleuse à lamelles.

 

Poser des lamelles à la défonceuse électroportative…

Fraise à lamelle pour chants et boutsLa « fraise à lamelles » est un grand disque à rainer d’épaisseur 4 mm, à roulement. Elle sert à fraiser les logements sur chant. Le mode d’emploi est simple : tracez l’emplacement de la lamelle posée à cheval sur le joint, puis rabattez sur chant. Pour ce tracé, aucune précision n’est requise : en général, je rabats à main levée. Fraisez alors, défonceuse bien à plat sur la face, en dépassant un peu du tracé de chaque côté.
Au fraisage, vous éprouverez une difficulté : comment voir les traits, situés sous la défonceuse ? Les débutants se baissent pour voir sous la table. C’est dangereux, peu efficace et très désagréable sauf si vous aimez les copeaux au point d’en manger. Je préfère regarder par la lumière, en marquant la zone à fraiser d’un gros trait de craie bleue, pour plus de clarté. Je pose un éclairage « spot » par terre pour éclairer le chant à travailler.
Entaille réalisée à la défonceuseLe résultat est très précis en hauteur. La fraise, dont la courbure est inférieure à celle des lamelles, fraise plus de bois qu’il ne faudrait. C’est dérangeant pour l’esprit et plus gourmand en colle, mais sans influence sur la solidité.
Si la fraise à lamelles fait très bien les assemblages sur chant ou en bout, elle ne peut rien pour le travail en plein bois. Or, cette opération est vitale, par exemple pour fixer des rayons. La solution tient en une petite fraise droite de Ø 4 mm. Entaille réalisée avec fraise droiteLa défonceuse, guidée de façon appropriée (une simple règle peut suffire), fraisera une petite mortaise de profondeur égale à la moitié de la largeur de la lamelle.
Ce mode est plus lent et plus délicat que le premier, d’autant que la fraise est fragile. Il faut un peu d’astuce pour positionner la mortaise avec précision. Mais rien dans tout ça qui puisse vous faire peur.

La lamelleuse ou fraiseuse pour pose de lamelles en bois…

Fraiseuse à lamelleElle est si populaire que les boiseux l’appellent une « lamello », du nom commercial de son premier fabricant. À la base, c’est une meuleuse d’angle dont le disque a été remplacé par une fraise de Ø 105 mm. Bien entendu, un protecteur a été ajouté, en fait une boîte entourant totalement la fraise. Cette dernière peut sortir par une fente, mais uniquement si l’on pousse contre le matériau à travailler. Des ressorts de rappel font qu’elle entre à nouveau dès que la pression est relâchée.
L’ensemble est complété par un guide qui se règle en hauteur. Sur les modèles évolués, l’angle du guide est réglable, ce qui permet de travailler en coupe d’onglet comme avec une lamelleuse Makita. Enfin, une butée fait varier la sortie de la fraise, qui doit être la moitié de la largeur d’une lamelle. Vous trouverez dans le commerce plusieurs largeurs, aussi la butée est-elle souvent couplée à un barillet préréglé à chacun de ces types. Le tout n’est pas sans rappeler le système butée-barillet d’une défonceuse.
Il existe de nombreuses façons d’utiliser l’entailleuse.

3 façons d'utiliser une entailleuse à lamelle

Toutes ont en commun un objectif : les entailles sur chaque pièce à assembler doivent correspondre. Pour cela, il est important de choisir judicieusement une face de chaque pièce comme face de référence, et de ne pas se tromper. On peut, par exemple, travailler chaque pièce, face de référence en l’air, la machine en appui sur son guide. Parfois, on préférera poser sur un plan commun (un bout de panneau…) la face de référence de la pièce et la base de la machine. Pour positionner la machine au bon endroit, un simple tracé d’axe suffit : un trait de centrage est gravé sur le carter et diverses parties du guide, qu’il suffit d’aligner avec votre tracé. Le temps d’exécution des deux entailles ne sera que de quelques secondes.
Enfin la lamelleuse peut s’utiliser pour d’autres usages que la pose de lamelles : elle peut notamment rainurer en 4 mm le long d’un guide, ou scier du parquet pour poser un câble le long d’un mur. En fait, quand on l’a, on lui trouve de nombreux usages.
Mais attention : sans être franchement dangereuse, elle n’est pas innocente non plus. Elle peut connaître la même réaction de rejet qu’une défonceuse si l’on s’en sert en avalant, ou si l’on entre trop brutalement. Et le risque est d’autant plus important qu’on s’éloigne de l’usage pour lequel elle a été conçue.

Comment choisir entre la fraiseuse à lamelle ou la défonceuse ?

Faut-il investir dans une fraiseuse à lamelles ou peut-on se contenter d’ajouter une paire de fraises à sa collection ? Cette dernière solution est imbattable question prix : environ six fois moins chère. Côté précision, les deux méthodes se valent tant qu’il s’agit de fraisage sur chant. En plein bois, l’entailleuse à lamelles prend nettement le dessus. Mais c’est en vitesse et en commodité qu’elle affirme sa supériorité.
Pour cette raison, un professionnel ne saurait s’en passer. Pour les agenceurs, décorateurs et cuisinistes, c’est même l’outil de base. Un amateur ayant de petits besoins sera tenté de se débrouiller avec sa défonceuse et les deux fraises. Et il y arrivera parfaitement, en y passant plus de temps.
Un jour, peut-être se lancera-t-il dans un gros chantier. Alors il ressentira le besoin d’acheter une fraiseuse à lamelles. Si c’est votre cas, ne regrettez pas vos deux fraises : elles aussi ont d’autres usages que la pose de lamelles.

Trois astuces pour le collage d’un assemblage à lamelles…

Avant montage et serrage, il faut encoller chants, lamelles et entailles, sans y passer trop de temps. Pour les entailles, il existe un embout spécial en forme de demi-lamelle, à monter sur un «biberon» de colle. Si l’ouverture du biberon est petite, il est possible de l’appliquer sur l’entaille pour en rentrer dedans directement,
Pour les lamelles, rien sinon le pinceau ou l’abstinence : beaucoup de pros n’encollent pas leurs lamelles. Mais c’est moins solide.
Par ailleurs, les lamelles sont en hêtre comprimé, que l’humidité de la colle est censée faire gonfler pour une meilleure adhérence. En fait, bien souvent, la colle n’apporte pas assez d’humidité pour que la lamelle s’épaississe de façon significative.
J’ai l’habitude de garder un peu de colle blanche diluée de moitié dans un petit bocal. Elle me sert à coller des tracés en papier sur du bois, par exemple. Quand j’assemble à lamelles, j’encolle d’abord toutes les entailles. Puis je jette dans le bocal un petit nombre de lamelles. Je les « touille » un peu, puis les récupère, une par une, avec une pince à cornichons, pour les mettre en place. Ils peuvent séjourner quelques minutes dans la «sauce», mais, s’ils deviennent durs à rentrer, ne tentez pas de les forcer dans les entailles : remplacez-les.
Il n’est pas facile de mettre juste la colle nécessaire, aussi les débordements sont fréquents. C’est pourquoi j’encolle les chants en dernier, en récupérant la colle en excès avec le pinceau.

Bruno Meyer

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