Quelles colles choisir pour le travail du bois ?

Cet article fait vous est proposé par Françoise Decrand, restauratrice des mobiliers 17°, 18° et 19° siècles – diplômée de l’école du Louvre, de l’atelier de restauration de meuble et ébénisterie Olivier Faccioli à Crémieu (38).

L’assemblage du bois peut se faire suivant deux principes, celui de l’assemblage mécanique par emboîtement, chevauchement… et celui du collage qui maintient deux pièces entre elles par ajout d’un liant. La conjonction des deux principes pouvant évidemment être aussi réalisée. Cependant, plus le choix du liant (de la colle donc…) est adapté à l’ouvrage fabriqué comme à son utilisation et meilleurs seront sa résistance et sa longévité.

Les colles à bois

Collage bois colle vinylique

 

Ce que l’on demande à une colle pour le bois c’est de résister mécaniquement à la traction, au cisaillement et à la torsion et physiquement à l’humidité et à la chaleur. Comme il est bien sur compliqué de répondre à toutes ces conditions réunies en un seul produit, il convient de faire des choix.
La première question à se poser lorsque l’on envisage un collage est celle de la destination de l’ouvrage : se poser la question de l’usage et de l’environnement ou du passé de l’objet c’est déjà répondre à 90 % à la question du choix de la colle. Le contexte technique et les outils dont on dispose pour réaliser le collage finissent de déterminer ce choix.

Voici donc un tour d’horizon des différents types de colles utilisés dans le travail du bois en ameublement et bricolage, pour faire le bon choix en fonction des matériaux et de la destination du collage. Nous avons classé ces colles en deux catégories principales, à savoir les colles réversibles et les colles irréversibles…

A/ Les colles réversibles

Collage avec colle forte d'ébénisterie

 

Une colle dite « réversible » est une colle pouvant soit être éliminée par action mécanique ou thermique, soit une colle pouvant reprendre sa forme initiale (liquide, gel…) par apport d’humidité ou de chaleur. L’assemblage pourra ainsi être décollé, ce qui est capital en restauration par exemple.
Les colles à bois réversibles sont presque exclusivement d’origine animale et proviennent de matières riches en collagène : colle de peau de lapin, colle d’os, colle de nerf, colle de poisson… Elles sont et c’est notable, réversibles même après plusieurs centaines d’années. La réversibilité s’obtenant généralement par apport d’humidité et de chaleur.
Ces colles sont compatibles entre elles, en voici la liste :

 

– Colle chaude, colle forte ou colle d’os et de nerf

Autant de noms pour un même produit ; cette colle, déjà utilisée dans l’Egypte ancienne, est réalisée par récupération et séchage des résidus d’os et de cartilages bouillis.
La matière sèche obtenue est présentée sous forme de plaques ou de perles (ressemblant à de l’ambre) pour la colle d’os et sous forme de poudre pour la colle de nerfs.
L’association des deux (2/3 d’os, 1/3 de nerf) apporte de la souplesse à la préparation qui consiste à recouvrir d’eau les granulés de colle et à faire fondre ces derniers au bain marie. La colle fond à environ 60°, que ce soit pour la dissoudre lors de la préparation ou pour défaire un assemblage collé à chaud.

– Colle de poisson

Colle animal qui est obtenue à partir de la gélatine de la peau et des os de poisson, elle s’utilise à froid. Elle offre beaucoup d’avantages, notamment celui d’être totalement compatible avec la colle chaude, mais aussi d’adhérer sur le métal ce qui est idéal pour la marqueterie Boulle. La colle de poisson demande cependant un temps de prise et de séchage assez long.

– Colle de peau de lapin

Cette colle est principalement utilisée en dorure pour la préparation de l’encollage au blanc de Meudon, celle de l’encollage à l’ocre jaune comme celle de l’assiette.

– Colle caséine

Cette colle déjà connue à la Renaissance et remise au goût du jour à la fin du 19éme pour les charpentes en lamellé-collé mais aussi l’aviation, est réalisée à partir du caillé du lait dont on retire la matière grasse. Diluée à 1/3 de caséine pour 2/3 d’eau, elle se met en œuvre suivant les mêmes conditions que la colle blanche.
Donnée aujourd’hui comme colle écologique (caséine, chaux vive et eau), elle reste cependant très anecdotique en ébénisterie. Sa base à l’eau la rend fragile dans des environnements humides et elle a tendance à tacher les bois à forte teneur en tanin.
La caséine s’emploie aussi comme liant de peinture.

– Colle vinylique

Autrement  appelée « colle blanche », elle est constituée de polyacétate de vinyle en solution aqueuse. Si le choix délibéré de la placer dans la gamme des colles réversibles s’explique par sa constitution à base d’eau, elle est dans les faits assez difficile à ramollir…
Facile d’emploi, la colle à bois vinylique demande cependant des assemblages précis à joints plaqués (pas de joints gras), un serrage est également obligatoire et seules les colles à bi composants sont utilisables en extérieur.
De plus, elle est totalement incompatible avec les colles animales.

B/ Les colles irréversibles

Collage avec colle néoprène

 

Les colles irréversibles sont abordées ici à titre indicatif car elles sont assez peu utilisées en atelier d’ébénisterie. Elles concernent davantage le gros œuvre : menuiserie et charpente.  Seule la colle néoprène (ou « colle contact ») connaît une utilisation plus poussée en agencement, notamment pour le collage des stratifiés. Les colles irréversibles sont des colles que l’on devra détruire pour parvenir à dissocier deux éléments unis avec l’une d’entre elles… il y a donc peu de chance de parvenir à préserver l’ouvrage…

 

 

 

– Colle néoprène

Beaucoup d’avantages et beaucoup d’inconvénients pour ce type de colle… Pour les avantages, cette colle permet d’assembler des matériaux de natures différentes (fer, bois, plastique, cuir…), elle demande très peu de mise en œuvre, ne coule pas, possède une prise instantanée, a une capacité d’adhésion forte et résiste à l’humidité.
Cependant, la colle néoprène est absolument irréversible et ne permet aucun retour en arrière : elle n’autorise aucune modification ou rectification en cours de collage. Elle est incompatible avec les autres colles à bois et est à bannir absolument (que ce soit en fabrication ou en restauration) pour des assemblages bois sur bois ou placage sur bois. Elle est toutefois très pratique pour le collage de plaques de stratifiés sur panneaux.

– Colle cyanoacrylate

Autrement appelée colle « super glue », elle est parfaite pour tout assembler, même le bois ! Son intérêt est sa grande rapidité de séchage : c’est un point bien pratique pour les petits collage, les menues réparations mais par contre rédhibitoire pour des collages demandant un temps de mise en œuvre important.
Mais mieux vaut donc l’oublier pour vos réalisations : pour boucher fentes et fissures mieux vaut employer des mastics ou pâtes à bois et pour les assemblages il y a des colles bien plus adaptées !
Gardez-la pour ce qu’elle fait de mieux, à savoir les petits collages de dépannage.

– Colle araldite

Il s’agit d’une colle bi-composants qui prend à l’aide d’un durcisseur et par polymérisation.  Le mélange se fait à 50%.  Elle agit sur autant de matériaux que la colle cyanoacrylate mais offre un temps de prise beaucoup plus long et une amplitude de modifications lors du collage beaucoup plus importante. Elle est aussi plus résistante encore que la super glue.
De plus, elle se teinte à l’aide de pigment ce qui permet de se rapprocher au plus près de la couleur des matériaux à coller.
Si elle ne s’utilise pas pour les assemblages bois sur bois ou placage sur bois, elle sera par exemple assez utile en atelier pour le collage d’une tête de clef ancienne sur une ébauche, ou encore d’une partie de bronze d’ameublement cassé.
Plusieurs temps de prise sont proposés, choisissez de préférence le plus long.

– Colle urée formol ou colle « caurite »

Cette colle bi composants est utilisée pour l’assemblage et le placage des stratifiés sur bois et panneaux même hydrofuges ou ignifuges. De sa forte résistance à l’humidité découle une utilisation importante pour les menuiseries extérieures. Elle est également employée pour les charpentes lamellées collées intérieures.

– Colle polyuréthane thermodurcissable

Plus simplement la colle contenue dans nos pistolets à colle. Facile, rapide, bon pouvoir d’adhésion. Pour les petites bricoles plus que pour le bois.

 

Cette liste est bien sur loin d’être exhaustive, mais elle permet de faire un rapide tour d’horizon des différents types de colles présents dans les ateliers d’ébénisterie et de restauration.

Souhaitant vivement qu’elle puisse vous orienter dans vos choix,
Bon collage à toutes et à tous !

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2 Commentaires

  1. D’après tout ce que je vient de lire, je peux dire que le choix de votre colle dépend du matériel à coller. Mais il est important donc de faire le bon choix pour s’assurer une sûreté de longue durée.

    • C’est tout à fait juste : plus le choix de la colle est adapté à l’ouvrage fabriqué et à ses contraintes d’utilisation et meilleurs seront la résistance et la longévité du collage. Dans l’ameublement, c’est particulièrement vrai pour les meubles soumis à des contraintes mécaniques importantes (comme les chaises par exemple) ou utilisés en milieu humide (salle de bain, cuisine…).
      Cordialement,
      L’équipe d’HMDiffusion.com

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